jeudi 3 novembre 2016

l'EcoSan plus fort avec la GIFS !

Parcelle de Sorgho blanc (mil) cultivée en Zaï (petites cuvettes), notez la disparition du Striga (plante parasite), la conservation des arbres (agroforesterie) et les haies d'Anthropogon (graminées)
Quelques mots de rappel pour celles et ceux qui prennent notre train en route.

Un pont pour un puits (UPPUP) a porté un projet eau et un projet hygiène et assainissement en faveur de l'école primaire du village de Kiendsom à 8 km à l'Est de Boulsa au Burkina Faso en Afrique.

A l'occasion de notre voyage d'évaluation d'octobre/novembre 2016 nous avons visité les parcelle "GIFS" à Koassanga qui nous appuie pour l'assainissement et l'utilisation des sous-produits des latrines en agriculture écologique.

C'est une utopie qui devient réalité grâce aux compétences réunies du Chef de projet, de Gisèle TAPSOBA du ministère de la sécurité alimentaire, de TAMANI Soharé,  ingénieur et de OUATTARA T. Guillaume technicien au BuNaSols (Bureau National des Sols) sans oublier la confiance, le courage et la collaboration essentielle des villageois de Koassanga impliqués dans le projet qui change leur vie.

Nous sommes soutenus financièrement par l'Agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse, par la Région Bourgogne-Franche-Comté, par les département du Doubs (2014 et 2015) et du Territoire de Belfort (Tandems solidaires 2016) et par la Ville de Besançon.

Nous parlons ici à la fois d'assainissement, d'agriculture, de santé, d'économie, d'écologie et de société : Comme un système d'engrenages ces domaines sont envisagés dans un système qui évolue au cours d'un processus de développement que nous appellerons le "processus EcoSan".

L'EcoSan, c'est l'assainissement écologique : Ce sont des toilettes sèches ou latrines à double fosse où les urines et les fèces sont traités séparément :

  • 6 mois de dessiccation dans les fosses pour les fèces  
  • 35 jours de fermentation en bidon pour les urines. 

On garantit ainsi la destruction totale des germes microbiens causes de maladies.

Après ce délais suffisant, les sous-produits sont utilisables en agriculture écologique intensive et permettent de rétablir efficacement le cycle naturel entre l'Homme et la Terre sans risque pour sa santé.

Les avantages des engrais EcoSan sont les suivants :

  • Leur obtention a permis de protéger la ressource en eau et d'éviter de nombreuses contaminations et maladie diarrhéiques.
  • Pas de difficultés de vidanges comme dans les VIP (latrines à une seule fosse ventilée qu'on doit vidanger quand elles sont pleines)
  • Pas de pollution en aval comme dans le tout à l'égout ou les "puits perdus"
  • Les engrais EcoSan sont gratuits après le délais d'amortissement des latrines (3 à 4 ans)
  • La fertilité des sol est rétablie durablement contrairement aux engrais chimiques qui dégradent le sol et l'environnement.
  • La fertilité du sol augmente durablement et les performances des engrais EcoSan dépasse celle des intrants chimiques.
  • Les sols dégradés peuvent être restaurés par l'emploi de ces engrais associés à de la fumure organique.
  • Le changement climatique a des effets marqués sur la production agricole dite "conventionnelle" (labourage profonds, engrais chimiques, et pesticides). Les cultures avec les pratiques EcoSan montrent une bien meilleure résilience : l'amendement des sols par enfouissement change leur structure physique, ce qui leur permet de mieux absorber et stocker l'eau de pluie. Cela compense les aléas des précipitations qui peuvent d'une année sur l'autre devenir rares, excessives, irrégulières ou violentes.
Toutefois cette méthode qui semble idéale se heurte souvent à la réalité du terrain :

Il existe de nombreux types de sols qui réagissent différemment aux fertilisants d'une part. D'autre part la géométrie du terrain joue beaucoup : un terrain en pente doit être aménagé pour éviter l'érosion et la fuite des précieux fertilisants !

D'où la "GIFS" : Gestion Intégrée de la Fertilité des Sols.


Une récolte exceptionnelle de Niébé a été faite ici
La GIFS consiste à mettre en commun des parcelles cultivées pour réaliser des aménagements collectifs du terrain, la rotation des cultures et un travail collectif, ce que ne permet pas un découpage par propriétaire ni un travail individuel :

La récolte de Sorgho rouge (mil) est superbe
    Romaric, excellent cultivateur et expérimentateur, nous fait visiter une parcelle de Soja réussie en agroforesterie
  • Les cordons pierreux (diguettes), les haies vives, les bandes enherbées, les demi-lunes, le zaï, le reboisement ne peuvent être pratiqués que collectivement sur des surfaces conséquentes pour avoir un impact.
  • Le labourage, lorsqu'il est nécessaire se fait suivant les courbes de niveau. 
  • Le riz pluvial a été pénalisé par la saison des pluies 2016 irrégulière , les autres productions compenseront le travail ingrat de cette parcelle.
  • Le choix des espèces et des variétés cultivées tiennent compte du type de sol rencontré.
  • La rotation des cultures est optimisée ce qui limite les attaques des insectes, fléaux de la monoculture. (idéalement Céréale, Légumineuse, Culture maraîchère ou fourragère).
  • Les cultures sont diversifiées pour tenir compte des aléas climatiques : Il y a mutualisation du risque et rétribution au mérite des participants : quelque soit le régime des pluies au moins les 2/3 des cultures réussiront, ceux qui auront bien travaillé mais peu récolté seront rétribués par ceux qui auront beaucoup produit.
  •  La dispositions des parcelles est choisie de manière à éviter que deux cultures identiques ne voisinent : Cela constitue un obstacle à la contamination par  les ravageurs spécifiques de telle ou telle culture.
  • Chaque participant choisi l'une ou l'autre des cultures possibles : Sorgho rouge ou blanc, Petit mil, Niébé (haricot), Pois de terre, soja, riz pluvial, sésame, etc. à l'emplacement optimal.

La GIFS est la dernière étape du processus de développement EcoSan. 

C'est le fruits d'innombrables échanges entre institutions (Ministères de la sécurité alimentaire, de l'agriculture, de l'assainissement, etc), chef de projet, Techniciens du BuNaSols et populations intéressées et d'incalculables heures de pratiques fructueuses... ou pas, de débats houleux ou de discussions enjouées.

Ce qui n'était qu'une utopie irréalisable il y a trois ans est devenu une réalité de terrain à Koassanga par l'implication des populations : Si vous demandez aux villageois qui ont essayé la GIFS ce qu'ils en pense ils vous répondront "Adopté !".
La GIFS, c'est ce que nous voulons proposer à terme à la centaine de familles des villages de Kiendsom et Rapéla de la commune de Boulsa.


Coût d'une latrine familiale EcoSan solide : 300 Euros affaire à suivre.

En conclusion : Nous développons un partenariat avec l'Association Koassanga qui maîtrise parfaitement le processus de développement de la technologie EcoSan dans une approche systémique :

  1. par l'application raisonnée des sous produits des latrines (urines et fèces hygiénisés),
  2. l'emploi dense et l'enfouissement de la matière organique pour améliorer la structure physique du sol : augmentation de la capacité de pénétration et de rétention des eaux pluviales et des engrais azotés.
  3. le travail du sol suivant les courbes de niveau, la collectivisation VOLONTAIRE de parcelles pour les champs-tests,
  4. la plantation de haies vives en graminées (Anthropogon), Épineux et légumineuses vivaces ou espèces répulsives,
  5. les aménagements de cordons pierreux, la culture en zai et demi-lune pour éviter l'érosion, le lessivage des sols et la migration des engrais EcoSan dans les réseaux pluviaux.
  6. l'alternance des cultures optimisée (céréale pluviales après légumineuse pluviales puis maraîchage de contre-saison),
  7. la répartition en damiers des cultures pour dérouter les ravageurs spécifiques,
  8. l'utilisation de répulsifs naturels à la place des pesticides (graines de Neem, piment etc.),
  9. l'organisation d'équipes aptes à la sensibilisation, à la formation et par son ouverture à l'expérimentation,
  10. la mise en place de business plans pour l'acquisition  de latrines sèches à crédit (300 euros, remboursés par la vente des sous produits en 3 ou 4 ans maxi !),
  11. le recours à des maçon-formateurs locaux expérimentés,
  12. l'exigence des demandes aux populations : apport personnel en nature et travail, respect des quantité et des délais, sanction en cas de non respect : ajournement de la candidature,
  13. l'implication des populations locales dans leur développement : agricole, hygiénique, de l'assainissement, économique, de la santé, environnemental et social.
  14. des réunions de concertation (causeries) demandant l'adhésion des populations avant toute mise en place de projet,
  15. l'application rigoureuse du processus EcoSan défini par le chef de projet, en concertation avec le BuNaSols et avec les autorités compétentes en matière d'agriculture, de sécurité alimentaire, de gestion de l'eau et d'assainissement, les populations locales, etc.
  16. la protection des prédateurs des ravageurs de récoltes (chauves-souris prédatrices de papillons)
  17. l'implication des autorités locales et gouvernementales en méthodologie, respect des normes et compte-rendus,
  18. la priorité mise sur la sécurité alimentaire (l'agriculture vivrière : céréales, niébé, etc.) plutôt que sur les cultures "d'exportation - vente" (maraîchage de contre-saison, etc) qui peuvent rapidement avoir un impact social négatif,
  19. l'implication des femmes et la valorisation du statut féminin,
  20. etc.
Ce processus complexe (le manquement à une étape compromet l'ensemble) et fragile (il demande l'adhésion et la persévérance des populations locales) mené rigoureusement permet :
  1. de limiter les impacts des aléas climatiques sur les ressources alimentaires,
  2. de limiter la dégradation des sols par les techniques dites "conventionnelles, et par là l'impact de l'agriculture sur l'environnement,
  3. d'aménager des espaces naturels favorables à la préservation des sols,
  4. de doubler, tripler ou plus les rendements comparativement à l'agriculture paysanne, et, même de dépasser les performance des pratiques vulgarisées (engrais chimiques et pesticides),
  5. de limiter l'impact financier des fluctuations du prix du marché des intrants (pesticides et engrais) et des productions céréalières ou maraîchère (la spéculation génère de la pauvreté),
  6. de parvenir dans un délais raisonnable de 2 à 3 ans à la sécurité alimentaire,
  7. de préserver l'environnement et protéger les espèces utiles puis les espèces sauvages,
  8. de restaurer des sols en état de dégradation très avancée, en cours de désertification,
  9. d'améliorer à tous points de vue les conditions d'existence des populations et les amener à se prendre en charge,
  10. d'avoir un impact positif mesurable sur une surface de l'ordre de 3 à 10 hectares.
  11. d'étendre et de diffuser des pratiques optimisées avec les meilleures chances de réussite,
  12. etc.

Elle a fait ses preuve et a été évalué par une ONG allemande qui lutte contre l'avancée du désert ( NB : échec de la "barrière verte")  1ère en matière d'efficience contre la désertification : les sols dégradés sont rétablis en un temps record de 2 à 3 ans par la Gestion Intégrée de la Fertilité des Sols : l'EcoSan plus fort avec la GIFS !